La baie de Salcombe, au large du Devon, a livré pendant des décennies un mystère digne d’un roman maritime, mêlant trésor, archives anciennes et plongées archéologiques. Dès la première exploration, des plongeurs bénévoles ont déterré des pièces d’or et des objets qui ont attiré l’attention des historiens et du British Museum. Le nom du navire, son chargement et le sort d’une grande partie de la cargaison ont alimenté des débats passionnés autour de l’archéologie sous-marine et des droits d’épave. Cet épisode illustre combien les découvertes en mer peuvent bouleverser nos certitudes sur le commerce et la piraterie du XVIIe siècle.
Comment l’épave a-t-elle été mise au jour?
En 1995, des plongeurs du South West Maritime Archaeological Group ont exploré un site marqué par des ancres et des canons. Leur intervention a rapidement produit des lingots d’or et des monnaies frappées au Maroc. La découverte a immédiatement suscité un intérêt scientifique et médiatique.

Le site a ensuite bénéficié d’une protection légale pour préserver les vestiges in situ. Le British Museum a acquis une partie des objets quelques années plus tard, ce qui a permis une étude systématique des trouvailles. Ces initiatives ont posé les bases d’une enquête conjuguant archéologie et recherche d’archives.
Quel navire a coulé et quelle était son origine?
Les recherches d’archives menées pendant des années ont finalement identifié le navire sous le nom Dom van Keulen. Ce bâtiment marchand hollandais avait appareillé de Safi, au Maroc, en direction d’Amsterdam à l’automne 1633. L’identification, rendue publique lors d’une étude du British Museum, a mis fin à plusieurs hypothèses sur la nationalité et la nature du navire.
Deux jeunes marchands à bord ont laissé des témoignages concordants sur les circonstances du naufrage. Ils décrivent une escale dans la baie de Salcombe à cause de conditions météo difficiles et de l’état alarmant de la coque. Ces récits ont servi de fil conducteur pour combiner données archéologiques et sources judiciaires.
La cargaison détaillée dans les archives comprenait des denrées exotiques et des pièces d’or marocaines connues sous le nom de ducats de Barbarie. Les propriétaires de la marchandise étaient deux négociants d’Amsterdam, ce qui explique l’importance commerciale de ce navire pour le commerce atlantique du XVIIe siècle.
Que contenait la cargaison et que sait-on des montants retrouvés?
Les rapports d’archive et l’analyse archéologique dressent un inventaire précis de la cargaison. On y trouve des sacs de gomme arabique, du salpêtre, des peaux de chèvre et des milliers de pièces d’or. Ces éléments témoignent des routes commerciales entre le Maroc et les ports néerlandais.
| Élément | Quantité rapportée | Statut connu |
|---|---|---|
| Ducats de Barbarie | Environ 9 000 | 500 retirés par le capitaine, ~410 retrouvés en 1995, 8 100 manquants |
| Gomme arabique | 150 sacs | Répertoriée dans l’inventaire |
| Salpêtre | 64 sacs | Répertorié |
| Peaux de chèvre | 320 peaux | Répertoriées |
L’examen des pièces récupérées en 1995 a confirmé leur origine marocaine et a renforcé l’hypothèse d’un convoi parti du Maroc. Le British Museum et les archéologues ont pu étudier la typologie des monnaies pour mieux dater et contextualiser l’épave.
Pourquoi près de 8 100 pièces sont-elles toujours manquantes?
Le calcul est simple mais troublant. Sur environ 9 000 ducats, 500 auraient été sortis du coffre par le capitaine pour subvenir aux besoins immédiats de l’équipage. Les fouilles modernes n’ont récupéré qu’un peu plus de 400 pièces, laissant un trou de plusieurs milliers d’unités.

Plusieurs hypothèses plausibles existent quant au sort de cet or. Certains documents suggèrent qu’une partie de la cargaison a été remontée peu après le naufrage. Des plongeurs contemporains du XVIIe siècle, actifs en Manche et en Atlantique, ont souvent récupéré canons et coffres.
- Récupération rapide peu après le naufrage par des plongeurs locaux ou étrangers.
- Vol organisé par des personnes ayant connaissance de l’emplacement des coffres.
- Déclaration officielle minimisée pour raisons d’assurance ou judiciaires.
Les documents et accusations liées à la disparition de l’or
Des archives d’assurance ont alimenté une autre piste, plus sombre. Selon des documents conservés par la fondation Marhisdata, les assureurs ont accusé le capitaine, certains membres d’équipage et des passagers de sabotage. L’accusation principale prétendait que la coque avait été perforée volontairement.
Aucun élément matériel sur l’épave ne permet aujourd’hui de confirmer un sabordage, la structure ayant peu survécu aux siècles passés. Les mandats d’arrêt lancés contre le capitaine et le pilote restent difficiles à relier à une vérité judiciaire claire. Les historiens insistent sur la prudence et la nécessité de nouvelles découvertes archivistiques.
Quelles perspectives pour l’enquête historique?
Les archivistes et les chercheurs continuent d’explorer des fonds en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas à la recherche de nouveaux indices. Des pièces d’archives inédites pourraient préciser ce qui s’est réellement passé après l’échouement. L’espoir repose surtout sur des documents judiciaires ou des correspondances commerciales encore non exploités.
Les études futures mêleront lecture critique des témoignages et techniques d’archéologie sous-marine modernisée. En combinant sources écrites et découvertes matérielles, les chercheurs espèrent rapprocher la vérité historique de l’énigme laissée par le Dom van Keulen.
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