Interviews
Kitsuné – Prescripteurs (Dé)Bridés
Mardi, 16 Décembre 2008

Consacré(e) entreprise de l’année par Tsugi, Kitsuné est un peu le nouveau médium de 2009. A la fois marque de prêt-à-porter de luxe, label de musique «actuelle» et chapelle des kids synthétiques, la structure protéiforme est aussi en passe de devenir un modèle économique viable. Il était temps de parler gros sous, marché concurrentiel et plan marketing avec Gildas Loaec et Masaya Kuroki, deux PDG qui ne connaissent pas la crise.


Vous posez un vrai problème de terminologie. Au-delà d’une entreprise, vous êtes un label ? Une structure hybride ?
Gildas : Kitsuné, c’est tout ce qu’on veut y mettre, tout ce qui rentre dans le canal. Certaines personnes achètent un pull dans notre boutique sans savoir qu’on a un jour sorti un maxi des Klaxons, et vice-versa. L’idée, c’est qu’on est une entité transversale - j’insiste sur le terme - qui a vocation à toucher des gens dans différentes niches.

Est-ce que justement, vous inaugurez une nouvelle forme de transversalité où les secteurs ne sont pas interdépendants?
Gildas : Au niveau de l’investissement marketing, on n’est pas assez riche pour acheter 4 pages de pub par mois dans un magazine. Cette économie de moyens nous pousse à toucher un réseau de gens pointus, passionnés. Pour les vêtements, c’est la même logique. Au final, les profils sont similaires, le désir d’exclusivité est un dénominateur commun. On peut écouter de la bonne musique et porter une chemise bien coupée. C’est là que la transversalité intervient. Dernièrement, on a passé du temps avec Etienne Daho. Il s’intéresse à des petits groupes anglais, mais il aime aussi que son jean tombe correctement.

Sans affichage, dans quelle mesure avez-vous recours au branding ?
Masaya : Dans la limite de nos moyens. Quand les gars de Bloc Party viennent en concert à Paris, ils passent à la boutique. Quant à Soulwax, ils ne s’habillent plus qu’en Kitsuné.
Gildas : On habille aussi nos artistes- maison, Late of the Pier ou Cazals, mais par petites touches. Pas besoin d’être un bourgeois en richelieus pour faire de la musique. Globalement, on est très en phase avec un public un peu plus jeune qui va naturellement vers des médias gratuits comme Vice ou American Apparel (sic).

Est-ce que vous arrivez à dégager une clientèle type ?
Gildas : Un public curieux, qui aime bien les choses qui durent. Pour la ligne de vêtements, on fait appel à un savoir-faire, qu’il soit écossais pour les mailles ou japonais pour les jeans. Pour la musique, nous travaillons sur des projets potentiellement amenés à devenir des « classiques » emblématiques d’une époque. On aime bien les choses qui, sur le temps, ont fait leurs preuves.
Masaya : D’accord, on est branché, mais ce qui nous intéresse, c’est d’être encore là dans 5 ans, en étant plus riches, en générant le maximum de thunes. C’est aussi la raison de notre positionnement à Palais Royal. Shiseido, Pierre Hardy, Marc Jacobs, Margiela, tous sont des grands qui nous inspirent.

Ce sont aussi des labels « strictement » mode. Est-ce que vous avez des modèles dans votre domaine ?
Gildas : En France, on est des pionniers. A l’échelle mondiale, la seule structure qui a réussi à concilier durablement la musique et la mode, c’est A Bathing Ape. En 15 ans, ils ont créé une véritable économie communautaire. C’est pour ça que d’ici 5 ans, on aimerait bien à la fois ouvrir une boutique rive gauche et faire la tête d’affiche d’un festival. Avec le chiffre d’affaires que l'on fait, à l’heure où les disques ne se vendent plus, on n’est pas à plaindre. On continue d’ailleurs à se développer, puisqu’on va lancer en 2009 une version 2 de Kitsuné. On sera un peu moins indépendants, mais on bénéficiera de partenariats avec les majors - EMI et Universal notamment - plus importants.

Justement, est-ce que vous incarnez une planche de salut pour les labels ?
Gildas : Je leur souhaite, mais il ne faut pas que ça soit un simple volet merchandising. Les gros artistes américains ont déjà anticipé le mouvement depuis longtemps. A titre d’exemple, Jay-Z pèse 900 millions de dollars dans la mode avec Roc-a-Fella, et Kanye West est en train de monter une marque avec Ksubi.

Et comment réagissez-vous en voyant votre modèle essaimer, avec Tigersushi par exemple, qui vient de lancer sa ligne de vêtements ?
Gildas : On s’entend plutôt bien avec Joakim, mais ça ne va pas plus loin. A la vérité, on préfère d’autres choses, Comme des Garçons, Ralph Lauren, Brooks Brothers, etc.

J’ai l’impression que vous agacez pas mal de gens, notamment dans la presse. Pourquoi ?
Gildas : On agace parce qu’on ne se trompe pas. C’est une compétition avec des mecs qui pensent avoir du goût, des mecs qui pensent qu’ils savent, des mecs qui pensent qu’ils sont en amont. C’est surtout le cas dans la presse écrite, où les journalistes sont toujours à la bourre. Aujourd’hui, ils sont dépassés, les kids sont en avance de 6 mois. Sur le terrain du défrichage et de la prospection, on est forcément un concurrent pour eux.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous considèrent comme les passeurs d’une musique extrêmement instantanée ?
Gildas : Je te répondrai très vite, et tu peux l’écrire dans ton magazine : ceux qui affirment ça, sont des dééébiiiles meeentaaaux. Si tu regardes le festival des Inrocks, il y a Late of the Pier ou Hot Chip, qui ont été révélés par Kitsuné. Aux Transmusicales, qui sont peut-être un peu plus pointues, au moins 5 artistes sont apparus sur nos compilations. Et Metronomy hein, excusez-nous messieurs de la presse, mais on a été les premiers à les révéler, il y a 3 ans.

Au final, vous pensez que les journalistes ont peur que vous leur piquiez leur rôle de prescripteur ?
Gildas : Oui, mais c’est aussi un problème spécifique à Paris, un différend avec deux ou trois médias. Certains d’entre eux ont défendu des artistes à outrance, pas forcément à raison d’ailleurs, et parallèlement, ils ne nous trouvent aucun intérêt. Venant de magazines qui ont le papier le plus moche de France, j’aurais tendance à dire que ce ne n’est pas bien grave.
Masaya : Pour un magazine français, un label de musique qui ouvre une boutique à Palais Royal, c’est difficile à gérer et à expliquer. Ils ne savent pas comment nous appeler.
Gildas : Ce qui est plus important à mes yeux, c’est de développer notre marché anglais, parce que c’est le plus concurrentiel. Il est saturé de groupes, et il faut payer cher pour avoir une place en tête de gondole chez HMV ou Virgin. Tout va plus vite aussi. Tu peux passer du statut de groupe le plus cool au monde à celui de second couteau anonyme. Dans des magasins leaders comme Rough Trade ou des mags comme le NME, on nous donne du crédit, on nous écoute. Notre objectif, c’est mettre un groupe Kitsuné en couv’ du NME, point.

 

Par Olivier Tesquet // Photo : DR.



Les commentaires sont modérés.
Rien de grave, il suffit juste d'éviter
les mots grossiers, les insultes et d'avoir
lu l'article en question.


 
françois | ST  - sources 2008-12-16 12:45:40
"J’ai l’impression que vous agacez pas mal de gens, notamment dans la
presse. Pourquoi ?"

tu as déjà lu un papier négatif sur Kitsuné ?
je
veux des sources !

par contre le job d'un journaliste n'est pas de défricher
(c'est le job d'un label ça) mais juste de remplir son rôle de média, à
savoir de diffuser. Ce rapport de force est en carton.
ET-  - "On agace parce qu’on ne se trompe pas. " 2008-12-16 15:13:31
Cazals sérieusement???
Gildas  - APPROXIMATIONS 2008-12-16 16:29:20
bonjour

je tenais à préciser que tout ce qui est écrit là n'a pas été
dit comme tel-
étrange retranscription -et approximation-chiffre ?

surtout
le ton employé vindicatif et agressif

je suis désolé de qui cela aurait pu
déranger

ce n'est pas notre esprit

gildas/kitsuné
la fraich'  - "chapelle des kids synthetiques" 2008-12-16 16:30:36
c'est juste magnifique de pertinence et de justesse
je suis jalouse de pas avoir
pu trouver ca moi meme.
parfait
SIP 2008-12-16 17:31:11
Je comprends la ligne éditorial genre "Capital" de cet article, un peu
dans la lignée de la couv' de Tsugi et son "entreprise de
l'année".
Après... déformer le discours des interviewés pour que cela se
cale dans le gimmick et l'exercice de style, c'est un peu limite...
funkymat  - Ventilation 2008-12-16 17:38:19
Yo !

Mais quel est la repartition du CA entre mode et music ?
kidsayno  - Travailler plus… 2008-12-16 18:24:53
Sarkozy dirait la moitié des conneries retranscrites ici que tout le monde
serait contre lui… Quand c'est la Kitsuné touch qui sort des conneries
ultra-libéraliste ça passe comme sur des roulettes.
Bravo Paris !
Olivier Tesquet  - Précision 2008-12-16 19:01:41
Je tiens à rappeler qu'un journaliste n'est en aucun cas un passeur, ni un
communicant.
Par conséquent, les états d'âme des intéressés ne sauraient
remettre en question la véracité des propos cités - in extenso -
(enregistrés et audibles).

Par ailleurs, le but de l'interview n'était
absolument pas de taper sur la tête de Kitsuné ou de proposer une vision
biaisée de leur démarche, mais de présenter leur structure d'un point de vue
business. Sans jouer les moralisateurs.

A funkymat : Gildas & Masaya m'ont
parlé en termes de chiffre d'affaires global. Etant donné que je me refuse à
prendre des libertés avec la vérité, je n'ai donc pas précisé le détail de
leur chiffre d'affaires.

olivier
Un journaliste  - IT'S ALL OVER NOW, BABY BLUE 2008-12-16 23:50:49
Vous m'agacez surtout parce que votre place est dans un cabinet d'affaires, pas
à la tête d'un label et encore moins derrière des platines.

Vous traitez la
musique comme une marchandise.

Avec vous, c'est comme avec Hollywood : un
système formaté et tellement de copinage avec quelques cercles d'influence
qu'il est difficile d'échapper à vos petits protégés. Qu'on tombe dans le
panneau par curiosité, facilité, fainéantise...

Mis à part deux ou trois
trucs, la musique Kitsuné n'est que vent, kleenex, mini-portion de talent. Vous
produisez du jetable pour une époque qui en consomme beaucoup.

On verra votre
tronche l'an prochain, quand les gens vont devoir choisir entre le fun facile et
le beurre, bref, revenir à des valeurs un peu plus imprégnées d'idées de
"long terme".
M. 2008-12-17 01:21:19
aussi vrai...
que Kitsuné X ou midnight c'était "hollywood"
que Bloc
Party est un "truc"!
que Klaxons était du "vent"!
que Hot
Chip était une "mini-portion de talent"
que 6 ans ce n'est pas du
"long terme" ?

Kitsuné est une entreprise remplie de personnes
passionnées ...

à l'an prochain alors !
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